C’est probablement l’une des questions les plus simples à poser et l’une des plus intéressantes quand on commence à réfléchir à l’origine du VIH.
Si le VIH peut se transmettre lors de rapports sexuels, une question paraît presque inévitable :
La toute première personne infectée a-t-elle donc eu des relations sexuelles avec qui ?
Et non, inutile d’imaginer un scénario digne d’un film compliqué.
La réponse est beaucoup plus intéressante : le VIH existait sous une autre forme chez certains primates avant de circuler chez l’être humain.
Mais d’abord, petite précision : sida et VIH, ce n’est pas la même chose
On utilise souvent les deux mots comme s’ils étaient interchangeables.
En réalité, le VIH est le virus de l’immunodéficience humaine.
Le sida, lui, correspond au stade le plus avancé de l'infection à VIH lorsque celle-ci n'est pas contrôlée par un traitement. Le virus attaque progressivement le système immunitaire.
Autrement dit :
VIH = le virus.
Sida = le stade avancé de la maladie provoquée par l'infection à VIH.
C’est un peu comme confondre le conducteur et l’accident. Ils sont liés, mais ce n’est pas exactement la même chose.
Alors, comment le premier humain a-t-il été infecté ?
C’est ici que l’histoire devient particulièrement intéressante.
Les chercheurs ont découvert que certains primates africains sont naturellement porteurs de virus appelés SIV, pour Simian Immunodeficiency Virus, ou virus de l’immunodéficience simienne.
Les analyses génétiques montrent que les VIH humains sont issus de transmissions entre espèces : certaines lignées de SIV sont passées de primates à des humains au cours de l’histoire. Pour le VIH-1, les recherches ont notamment établi un lien avec un SIV présent chez certaines populations de chimpanzés.
Et c’est là que notre fameuse première personne entre dans l’histoire.
Il ne s’agissait donc pas d’un humain qui aurait nécessairement eu un rapport sexuel avec une autre personne infectée.
Il aurait fallu, à l’origine, un passage du virus d’un animal vers un humain.
Comment ce passage aurait-il pu se produire ?
Les scientifiques pensent notamment à des situations dans lesquelles des humains entraient en contact avec le sang ou les tissus de primates infectés, par exemple lors de la chasse et de la manipulation de viande de brousse.
Le contact avec du sang infecté pouvait constituer une occasion pour un virus de franchir la barrière entre espèces. Les recherches sur les SIV et les populations exposées aux primates montrent justement que les activités de chasse et de découpe peuvent créer ce type d'exposition.
Imagine donc la situation :
Un virus circule chez un animal.
Un humain entre en contact avec du sang infecté.
Le virus parvient à franchir la barrière entre les espèces.
Puis, avec le temps, il s’adapte à son nouvel hôte.
Et voilà comment commence une histoire qui allait devenir mondiale.
Pas besoin d’un premier couple humain infecté. Le premier passage pouvait être animal → humain.
Mais alors, pourquoi parle-t-on de maladie sexuellement transmissible ?
Parce qu’une fois que le VIH est présent chez l’être humain, il peut se transmettre d’une personne à une autre, notamment lors de rapports sexuels.
Mais ce n’est pas son seul mode de transmission.
L’OMS indique que le VIH peut également être transmis par le sang, le lait maternel et certains liquides biologiques, ainsi que de la mère à l’enfant pendant la grossesse ou l’accouchement.
Il existe également des transmissions liées à certaines pratiques médicales non sécurisées ou au partage de matériel d’injection contaminé.
Donc dire simplement « le VIH est une maladie sexuellement transmissible » est pratique dans une conversation, mais scientifiquement, c’est incomplet.
Le VIH est une infection transmissible par plusieurs voies, dont la voie sexuelle.
Et ce n’est pas arrivé du jour au lendemain.
Autre surprise : le passage du virus des primates aux humains n’a probablement pas immédiatement donné naissance à la pandémie mondiale que nous connaissons.
Les analyses génétiques indiquent que le groupe principal du VIH-1, appelé groupe M, a probablement eu un ancêtre commun autour des années 1920 et que son émergence et sa diversification sont fortement liées à Kinshasa, dans l’actuelle République démocratique du Congo.
Un échantillon biologique datant de 1959, provenant de l’actuelle Kinshasa, constitue par ailleurs l’un des plus anciens échantillons humains connus contenant des séquences du VIH-1.
Cela signifie que le virus circulait chez l’être humain bien avant que le sida ne soit officiellement identifié par la médecine moderne.
Le virus avait donc déjà commencé son petit voyage historique pendant que l’humanité, elle, n’avait absolument aucune idée de ce qui se préparait.
Et l’ironie de l’histoire ?
Le plus fascinant est peut-être ceci :
Le VIH peut aujourd’hui se transmettre sexuellement entre humains, mais son origine ne vient pas nécessairement d’une transmission sexuelle entre humains.
C’est exactement comme demander :
«« Si une voiture roule sur une route, qui a fabriqué la première route ? »»
La question paraît simple jusqu’à ce qu’on remonte suffisamment loin dans l’histoire.
Dans le cas du VIH, il faut remonter avant les premières transmissions humaines, jusqu'aux virus présents chez certains primates.
Alors, qui était exactement le « premier humain » ?
C’est là qu’il faut éviter les histoires trop belles pour être vraies.
La science ne connaît pas le nom, l’identité ou le moment exact où un premier humain aurait acquis le virus.
Les chercheurs reconstruisent cette histoire à partir de données génétiques, d'échantillons biologiques anciens et de l'évolution des différentes lignées virales.
On peut donc parler de l'origine probable et des mécanismes de transmission entre espèces, mais pas raconter l'histoire d'un individu précis en disant : « Voilà, c'était lui. »
Ce serait beaucoup plus spectaculaire.
Mais ce serait aussi inventé.
Ce qu’il faut retenir
Le raisonnement devient finalement assez simple :
1. Certains primates étaient porteurs de virus SIV.
2. Des virus apparentés au VIH ont franchi la barrière entre certaines espèces de primates et l’être humain.
3. Une fois établi chez l’être humain, le VIH a commencé à se transmettre entre humains.
4. La transmission sexuelle est devenue l’une des principales voies de transmission, mais le VIH peut également se transmettre par le sang et de la mère à l’enfant.
5. Le VIH-1 s’est ensuite diversifié et propagé progressivement, avec une origine épidémiologique du groupe M située autour de Kinshasa au début du XXe siècle.
Donc, si quelqu’un vous demande un jour :
« Mais si le VIH est sexuellement transmissible, comment le premier l’a attrapé ? »
Vous pouvez lui répondre :
« Justement. Le premier humain n’avait pas besoin de l’attraper sexuellement. Le virus avait d’abord besoin de passer d’un autre animal à l’être humain. »
Et voilà comment une question qui semblait être une énigme de logique devient finalement une histoire fascinante d’évolution, de transmission entre espèces et d’histoire humaine.
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